Dans la cage avec les champions du MMA

MMA Factory; MMA; Fernand Lopez; Cross fight; Taylor Lapilus; Francis Ngannou

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C'est une salle située au sud-est de Paris, sur les boulevards Maréchaux. Une véritable pépinière de talents, qui rassemble les trois seuls combattants de France actuellement signés à la ligue prestigieuse Ultimate Fighting Championship (UFC). Le coach, et propriétaire de la salle, Fernand Owonyebe, dit Lopez, 37 ans, a organisé le premier combat officiel de MMA (mixed martial arts) dans l'Hexagone.

 

Depuis la rue, une vitre permet d'observer le ring de l'extérieur. Belle vue sur un banc de développer-coucher, puis la salle, derrière le grillage. Pas de doute, nous sommes bien dans une fourmilière de spécialistes de la castagne en tous genres. Sur son site Internet, l'endroit se veut fédérateur, accueillant les femmes et les enfants dès sept ans. Le cours auquel nous avons assisté cependant est surtout axé pour les compétiteurs. "Nous nous adressons en particulier à un public de professionnels, ou de semi-professionnels", reconnaît Fernand Lopez. Ce coach, ancien combattant, est bardé de diplômes et de titres à faire pâlir Bruce Lee, Teddy Rinner et Jérôme Le Banner réunis. Son CV indique entre autres une ceinture noire de judo et de taekwondo, un diplôme d'Etat en lutte, un ancien poste de chargé de formation en boxe pieds-poings... C'est lui qui assure les cours des plus aguerris. Avec un entraînement individualisé pour ses poulains avant un combat important.

 

Grosses pointures et cours d'anglais

 

Mais Fernand Lopez ne s'arrête pas au ring, et sort le costume d'homme d'affaires quand il le faut. C'est lui qui gère les partenariats de la salle, notamment avec les marques de street-wear Reebok, et les marques spécialisées en matériel de combat Booster, et 4 Trainer. Le coach s'occupe également des contrats de ses combattants, en les conseillant sur les différentes opportunités, et les négociations. Pour ses trois poulains de l'UFC, les contrats ne sont pas forcément les mêmes, mais là-dessus, difficile d'en savoir plus, ces derniers relevant de clauses de confidentialité. "Les contrats peuvent aller de 10.000 euros et s'envoler jusqu'à des millions d'euros", d'après le coach, qui préfère rester évasif. Les sommes dépendant avant tout de la notoriété du combattant. Sur la douzaine de combattants présents au cours collectif ce jour là, il estime que deux à trois nouveaux venus pourraient faire leur entrée à l'UFC en 2016...

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Il faut dire que le programme est costaud. Dans cette salle ouverte matin et soir, jusqu'à 22 heures, différents cours (lutte, boxe thaïe, MMA) sont dispensés sur deux étages, avec en haut, une cage à huit côtés, spécialité des combats de MMA. Dans une pièce adjacente, c'est le paradis des compléments alimentaires. De grosses boîtes de gélules sur des étagères, promettant aux athlètes de mieux récupérer. Prendre de la masse musculaire? Ce ne serait pas l'objectif... Interrogé sur le "truc en plus" de cette fabrique de combattants, Fernand Lopez décline les options: un ostéopathe à disposition à tarifs préférentiels (quarante euros pour les pros, soixante pour les loisirs), des cours d'anglais, langue internationale du MMA - visant à augmenter la médiatisation, et donc la cote d'un combattant - une certaine ambiance...


Le succès tient aussi sûrement à ses qualités de coach, ainsi qu'à son aptitude à fédérer les sportifs, et à attirer les grosses pointures. Sa MMA factory n'a pourtant ouvert qu'il y a trois ans, en septembre 2012... A l'époque, la salle, qu'il aurait ouverte avec cinq associés, mettait l'accent sur le cross-fit, sorte de mélange entre le fitness et l'haltérophilie. Oublié le cross-fit, oublié le "Cross-fight", la salle a changé de nom depuis (même si le site Internet le conserve). Tous ces services ont un prix, un tarif un peu plus élevé que les salles de sport de combat traditionnelles, mais ciblant ici des spécialistes, 700 euros à l'année pour le MMA et 990 euros pour plusieurs disciplines.

MMA Factory; MMA; Fernand Lopez; Cross fight; Taylor Lapilus; Francis Ngannou

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Un pari ou un travail à côté

 

Le nom est bien chois pour cet endroit devenu littéralement une "usine à combattants MMA". Elle compte trois figures de proue, signées à l'UFC: Taylor Lapilus, 23 ans, y a fait ses débuts en avril 2015, lors d'une soirée de combats en Pologne, où Mickael Lebout, 28 ans, est lui aussi entré dans la cage de l'UFC pour la première fois. Quant à Francis Ngannou, 29 ans, il baptisera la célèbre cage octogonale de cette ligue pour la première fois en décembre. Outre ces derniers, le club rassemble des candidats sérieux. Parmi eux, Karl Amoussou, vainqueur du denier Cage encounter 4 à Paris, avait l'embarras du choix, il aurait pu s'entraîner dans la salle de son frère, Bertrand Amoussou, un pilier de l'enseignement du MMA. Ou encore Iurie Bejenari, capitaine de l'équipe de France de MMA amateure, spécialiste de lutte, qui dispense des cours dans cette spécialité. Autre pointure, Christian "Tonton" M'Pumbu a fait ses preuves dans des compétitions aux Etats-Unis (le Bellator) et a retrouvé la cage pour une victoire à Paris en septembre. Un vivier de combattants qui permet au coach d'avoir l'embarras du choix pour sa nouvelle activité d'organisateur de combats.

 

Quant aux combattants eux-mêmes, les véritables professionnels, qui arrivent à vivre de leur sport, sont peu nombreux (voir la vidéo). Malgré les entraînements à répétitions, et les combats pour certains... Taylor Lapilus, 23 ans, a fait ses débuts cette année à l'UFC, après avoir signé un contrat type prévoyant quatre combats. On ne connaîtra pas son montant. Après sa victoire à Berlin en juin dernier, il aurait empoché 20.000 euros, d'après un article de Libération. Difficile pour autant de parier sur cette somme pour être assuré d'en vivre sur le long terme. "Cela rapporte, mais peut-être pas autant que si j'avais exercé un travail rémunéré plus classique", affirme-t-il. Aujourd'hui, il peut cependant se permettre de vivre de son sport, d'autant qu'il vient de signer un partenariat avec Reebok. Il a donc mis de côté l'entreprise familiale et son ex-métier de soudeur.

MMA Factory; MMA; Fernand Lopez; Cross fight; Taylor Lapilus; Francis Ngannou

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Francis Ngannou, qui combattra en décembre, vit dans la même optique. "J'ai déjà travaillé, mais c'est fatigant de concilier cela avec le sport. Je préfère donc me concentrer sur mon objectif", nous dit-il, en reconnaissant que c'est une forme de pari. Quant à Christian M'Pumbu, il enfile régulièrement son costume d'agent de sécurité: "C'est plus sûr", affirme-t-il. Les 100.000 dollars remportés lors du tournoi Bellator aux Etats-Unis en 2011 ne durent malheureusement pas à vie...

 

Une réalité pas forcément facile, mais qui est partagée par de nombreux pratiquants français de sports de combat. A la différence près que les rois du MMA outre-atlantique signent des contrats à plusieurs millions de dollars... Des combats autorisés en France pourraient permettre aux combattants d'obtenir davantage de visibilité. Et ainsi de mieux négocier leurs contrats. Mais pour l'heure, ce n'est pas gagné...

Victor NICOLAS

18 novembre 2015

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