Dix choses étonnantes à savoir sur les catacombes

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L'auteur de Game of thrones et le patron de Free dans les catacombes, des soirées rassemblant dix ou 200 personnes, une clé distribuée une fois par an, ou encore des blagues un rien morbides... Voici dix choses cool (ou pas) à connaître sur les catacombes.

 

 

Fumigène et déjection

 

Les petits nouveaux qui se promènent sous terre font souvent l'objet d'un bizutage. Fumigène, mauvaise indication de direction, les possibilités sont variées. Quant aux repères que les novices peuvent laisser à un croisement pour retrouver leur chemin, certains se font un malin plaisir de les dissimuler, afin de brouiller les pistes. C'est ainsi que Gaspard Duval tape du pied dans trois pierres posées les unes sur les autres: "Ce n'est pas méchant, il n'y a pas un grand risque. Mais quand on vient dans les catacombes, il faut savoir se repérer." Le comble, c'est tout de même ces traces de déjection qui côtoient des marques de brûlé à plusieurs croisements. "Ça? Ce sont des fumigènes qui ont été allumés dans des excréments. Quand ça brûle, l'odeur est horrible." On veut bien le croire. L'esprit de groupe vaguement hostile à l'extérieur pousse à vouloir tester les nouveaux arrivants. Mais ce type de bizutage n'a rien d'obligatoire.

 

 

 Des soirées de 200 à 300 personnes

 

 C'est un peu le fantasme de beaucoup de Parisiens, les soirées dans les catacombes. En réalité les grosses soirées avec plusieurs centaines de personnes sont assez peu fréquentes. Elles arrivent une fois par an, à l'occasion d'Halloween (les cataloween), où quelque 200 à 300 personnes se réunissent, avec de l'électricité pour l'occasion : lumières, musique. Certains ont essayé d'organiser des soirées payantes dans ces lieux qui attirent les curieux, faisant descendre entre autres des robes de soirée et talons haut, qui s'éclairent avec leur téléphone portable. Cela n'a pas duré. Autre initiative, des projections de films, comme le rapporte Rue 89. Le reste du temps, c'est plutôt de petites soirées le week-end, réunissant une dizaine ou une vingtaine de personnes.

 

Hamac et grand cru

 

S'il y a aujourd'hui quelques centaines de cataphiles, le nombre de personnes qui dormiraient régulièrement dans les catacombes pourrait, lui, se compter sur les doigts d'une main. Il y a bien les fêtards qui passent la nuit en sous-sol avant de remonter au matin, ou les aventuriers qui bivouaquent en profondeur. Mais les réguliers seraient plutôt rares. Certains préfèrent utiliser un hamac, de nombreuses salles sont aménagées de crochets pour les suspendre. D'autres dorment sur des matelas légers qu'ils cachent quand ils ne les utilisent pas. Ceux-là peuvent dissimuler de la nourriture - ou des grands crus- à différents endroits, pour être sûr de ne manquer de rien.

 

 

 

Une bouteille repose dans les carrières. Certains cataphiles y cachent des grands crus pour accompagner leur nuit en profondeur.

 

Philibert, il se perd

 

Certains soutiennent que c'est une légende, mais des historiens spécialisés sont formels, Philibert Aspairt a bien existé. Ce portier de l'hôpital du Val-de-Grâce au XVIIIème siècle est un grand nom des catacombes, et le seul à y posséder une pierre tombale. Il a trouvé la mort en s'égarant dans les galeries souterraines, un soir de 1793, alors qu'il recherchait le trésor (certains disent qu'il s'agissait plutôt d'une bonne liqueur) des Chartreux, ordre religieux possédant une fontaine dans les carrières. Les inspecteurs de l'Inspection générale des carrières (IGC) ont retrouvé son cadavre en 1804, qu'ils auraient reconnu grâce à son trousseau de clés. C'est l'histoire qui est gravée sur sa tombe, dressée à l'endroit où il a été retrouvé. Très proche du couvent des Chartreux, un comble.

 

Les registres d'état civil ayant en grande en partie été détruits pendant la Commune, certains s'interrogeaient sur la véritable existence de Philibert, n'était-ce pas plutôt une légende? Mais des révélations de 2011 publiées par les historiens Gilles Thomas et Virginie Palier dans la revue Votre Généalogie indiquent que Philibert Aspairt a bel et bien existé. Pour preuve, un avis de décès datant de mai 1804 évoque un certain Philibert "Asper", retrouvé sans vie dans les carrières. Ce dernier ne serait d'ailleurs pas portier, comme le veut la légende, mais carrier, travaillant dans les carrières. D'autres questions demeurent, comme de savoir pourquoi il a pu bénéficier d'une tombe à son nom... Gilles Thomas s'intéresse plus en profondeur à la vie de ce personnage dans son dernier ouvrage.

 

 

 

La tombe à la mémoire de Philibert Aspairt, le portier le plus célèbre des catacombes. Après plusieurs années de doute, les historiens affirment que ce Philibert n'est pas une légende.

Game of thrones dans les catacombes

 

L'auteur aime les ambiances médiévales, et dans les catacombes, il a eu sa dose de galeries en tous genres. GRR Martin, à qui l'on doit les livres et la série culte Game of thrones, a fait un passage dans les carrières lors de sa venue à Paris en juillet dernier. C'est Gaspard Duval qui lui a servi de guide: "Un assistant m'a contacté, et je lui ai préparé un parcours." Petit problème, celui-ci ne correspond pas à la stature légèrement gargantuesque de l'auteur. Après quelques négociations, GRR Martin a pu descendre via un escalier à l'entrée habituellement fermée, grâce à l'accord de policiers. "Il se promenait dans les sous-sols avec un gros coussin rouge", raconte Gaspard Duval. L'auteur pourrait s'inspirer de cette exploration pour la suite de la saga, très attendue, comme il l'a raconté à des journalistes venus l'interviewer à la fin de son parcours.

 

Une clé une fois par an

 

Ils plongent sous terre une fois par an en toute légalité. Les étudiants de l'Ecole des Mines descendent par tradition dans les carrières, une fois dans l'année, pour y réaliser une fresque. Cette pratique est difficile à dater, mais avait lieu dès 1923, comme l'atteste une peinture illustrant l'arrivée d'une nouvelle promo. Aujourd'hui l'accès a été condamné, mais chaque année, les responsables de l'Inspection générale des carrières (IGC) remettent une clé aux étudiants, puis la reprennent une fois que ces jeunes ont réalisé une fresque. Une serrure temporaire serait renouvelée et adaptée à chaque clé, pour que les étudiants ne puissent pas la faire dupliquer, et y retourner par la suite.


Bourre-pifs

 

Sous terre, des coups de poings peuvent parfois s'échanger. Dans les années 1980 - 1990, il n'était pas rare que des bandes descendent dans les catacombes, pour y racketter les curieux. Aujourd'hui, les violences seraient rares, voire inexistantes. Exception notable, une bande venant des Yvelines a beaucoup fait parler d'elle ces dernières années. Ces lascars auraient ainsi arrangé le portrait d'un grand nombre de cataphiles, même si ces derniers ont refusé de porter plainte. Les distributeurs de bourre-pifs ont fait tant et si bien que les policiers ont été alertés, mais en l'absence de plaintes, impossible d'intervenir. Au final, les cataphiles se seraient organisés via Internet pour leur tendre une embuscade. On trouve encore des traces de leur tentative (lien) un peu trop attendue pour aboutir. Les agressions cependant se sont arrêtées, les cataphiles auraient réussi à faire pression sur les agresseurs, en publiant dans les carrières des informations sensibles les concernant. La guerre de l'information est souterraine...

 

Catasprints et catatracts

 

Catatracts, catasprints... Les cataphiles ont un certain nombre de rituels. Parmi lesquels le catatract, un morceau de papier que l'on retrouve à des endroits stratégiques. L'enjeu pour l'auteur est de le laisser dans un endroit assez peu accessible, tout en veillant à ce qu'il soit trouvé. Une cavité dans une salle fait très bien l'affaire. Certains sont des poèmes, d'autres des incitations à respecter les lieux, voire des rendez-vous pour des soirées. Autre type de catatrucs, les catasprints. Ce sont des courses organisées plus ou moins tous les ans, la dernière ayant eu lieu à l'automne 2014. L'objectif pour les participants consiste, comme pour une course d'orientation classique, à récupérer des balises en un minimum de temps. Sauf qu'ici ils se déplacent dans des souterrains, sans plans.

 

 Un humour souterrain

 

Il ne faut pas se fier à leurs airs goguenards, au fond, les cataphiles réservent quelques surprises comiques (ou pas). Un humour un peu particulier est assez répandu. Comme cette manie de se faire passer pour des policiers quand on croise un autre groupe. Ou certains cataphiles qui s'amusent à faire des saluts nazis dans le bunker, pour "effrayer les touristes". On peut aussi citer ce tibia placé à une intersection comme pour indiquer une direction, ou ce morceau de crâne humain, retourné, et dans lequel un jouet en plastique a été placé... le cataphile peut avoir un humour un rien morbide. Certaines blagues sont récurrentes, comme la référence à un numéro de 52 minutes sur la une diffusé en 1985, qui affirmait que 80% des cataphiles avaient des problèmes sexuels... Enfin, petite dernière pour la route, le cataphile aime provoquer, comme avec ce message adressé aux cataflics, retrouvé à la suite d'une descente de police: "Si tu cours, tu nous attrapes (encre fraîche)."

 

Free a tout compris aux catacombes

 

On peut trouver n'importe qui dans les catacombes, du cadre supérieur au chômeur de longue durée. Pour ce qui est du patron, il y a l'exemple emblématique de Xavier Niel, qui dirige Iliad (Free). Le patron serait surtout descendu dans sa jeunesse, mais a conservé un grand attachement aux carrières, ainsi que certains contacts. Il fait partie d'un des plus grands groupes Facebook, à l'accès restreint. Preuve de sa connaissance des lieux, il a fait placer les serveurs de Free sous terre.

 

Ces derniers résident dans une partie aménagée, dont l'accès a été fermé, et contrôlé. L'entrepreneur a fait sécuriser les lieux, sachant bien que les cataphiles savent comment s'y prendre quand il s'agit de creuser. Enfin, Xavier Niel possède désormais une maison dans Paris dont l'escalier en colimaçon descend directement dans les catacombes. Il serait le seul à posséder ce genre d'escalier privatif.

Victor NICOLAS

25 juin 2015

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