"Homme cherche nana pour partager Mac Do"

Homme cherche nana pour partager un Mac Do. Annonce drague métro
©Paris Mag/VN

 

Franck* a 24 ans, il semble plutôt en bonne santé, souriant, à l'aise. Seulement il souffre d'isolement, n'a jamais été scolarisé, et dit ne pas connaître le monde extérieur. Il n'a pas grand-chose du physique du dragueur des petites annonces d'Elie Semoun, cheveux gras et grosses lunettes. Mais lui aussi a voulu rencontrer des gens - des filles - par ce biais. Ses annonces, qu'il dépose dans le métro depuis un an, ont attiré l'engouement: il propose d'inviter une jeune-femme au Mac Do contre une rémunération. Elles sont devenues virales, entre autres grâce à un article publié par Vice en juin.

 

Nous avons voulu savoir qui était cet homme décalé, quelle souffrance se cachait derrière ce court texte : "Homme cherche nana (18-30 ans) pour partager un repas au Mac Do le 31/10/16 rémunération : 30 euros. Petits plaisantins s'abstenir." Quel était son rapport au monde, et quel type de filles il rencontrait (la soeur d'un rappeur légèrement atteinte, une étudiante en droit escort et homo...). Cela n'a pas été si simple d'entrer en contact avec l'homme aux petites annonces. A la suite de la publication d'un article sur lui, son téléphone s'est retrouvé saturé (boîte vocale et textos). Au début, il n'a pas trop compris (voir plus loin). Puis, à la manière d'un responsable marketing ayant touché sa cible, il en a profité pour capitaliser sur ce succès, enchaînant les rendez-vous. Il pense efficacité et emploi du temps à combler, angoissé à l'idée de se retrouver seul.

 

Dès le premier contact téléphonique, en juin, il nous fait comprendre qu'il est d'accord pour nous rencontrer, sans être totalement désintéressé. Cela se fera si nous acceptons de publier un texte sur l'euthanasie qu'il se propose de nous envoyer. Une lettre ouverte, inspirée de son expérience, même s'il affirme ne pas avoir de pensées suicidaires. Après quelques semaines d'attente, nous le recontactons pour fixer un rendez-vous. Cela se fait à Châtelet, un après-midi, où on rencontre un jeune-homme pas très grand (autour d'1,70 mètre), en baskets, chemise bleue et short beige. La ceinture est un peu rafistolée, les gestes un peu nerveux, mais il est plutôt beau garçon, brun, des yeux verts qui se déplacent à toute allure, évaluant chaque question. On s'assoie dans un bar, et il se dévoile devant un cocktail sans alcool.

"J'avais connu la misère affective, ça urgeait"

 

L'annonce que tu as posée a été très partagée. Comment l'as-tu vécu?

 

Les annonces fonctionnaient déjà, et l'article de Vice a accéléré le processus, cela m'a permis d'atteindre un peu de notoriété. Ça a vraiment amplifié le phénomène, j'ai eu un max d'appels et cela a fonctionné sur le long terme, car l'article est très lu. Les gens me recontactent car ils trouvent mon numéro de téléphone assez facilement. Cela a incité des personnes qui n'auraient pas forcément franchi le pas. Ils ont pu mieux cerner la personne qui posait des annonces, ça a répondu à une question qu'ils se posaient.

 

Quand as-tu commencé à poser ces annonces?

 

J'ai commencé les annonces en octobre 2015, et ma première a été pour trouver quelqu'un pour le 14 février. J'ai photocopié les annonces, puis trouvé un lieu de passage où il y avait le plus de monde possible qui puisse la voir, donc j'ai pensé au métro. Je l'ai posée à plusieurs stations, pas forcément là où je travaille. Les endroits ont varié, au début je les posais sur les sièges, puis sur les panneaux de directions et les sorties, avec de la patafix. J'en ai mis sur les machines de sucreries aussi. Je me suis adapté en fonction de la façon dont cela avançait. Sachant qu'il y a bien sûr le service Ratp qui fait le ménage, on ne sait pas combien de temps une annonce va rester. Je peux parfois trouver mon annonce une semaine après l'avoir posée dans certaines stations, alors que dans d'autres ils nettoient très rapidement, donc j'en pose de nouvelles.

 

Quand les gens m'appellent, je leur demande où ils ont vu l'annonce. Maintenant, il y en a beaucoup qui me disent qu'ils l'ont vue sur Internet. A l'époque, beaucoup me disaient qu'ils la voyaient à Madeleine, Châtelet, Charles-de-Gaulle, Auber... J'en ai posées dans les grandes gares, sur toute la ligne 14, Pyramides, Madeleine, Bercy. Dans ce type d'annonce, il y a un côté très parisien, mais désormais je touche la France entière, car les gens prennent le texte en photo et il finit sur Internet. J'ai des gens de province qui m'appellent, c'est très intéressant, très amusant.

 

Ton annonce est une invitation (rémunérée) dans un Mac Do, pourquoi ce fast-food?

 

J'ai mis le Mac Donald's parce que c'est un restaurant mondialement connu. Les gens focalisent là-dessus alors que ce n'est pas le plus important. C'est ce qui interpelle, mais j'aurais pu mettre autre chose, Starbucks ou autre. La plupart des jeunes aiment bien aller au Mac Do, c'est du low-cost.

 

Avais-tu un objectif précis en tête avec cette annonce ?

 

Le but à la base était de se faire le maximum d'amis, de contacts, de réseau. Je n'avais pas du tout cette idée que cela aurait cet impact au bout de six- sept mois, quand cela a explosé, et que ça a fini sur Internet. L'article de Vice a fait un buzz. Je n'avais pas imaginé que cela pourrait avoir autant de succès.

 

Cela a t-il été efficace au niveau des rencontres?

 

Oui. Ça m'a fait gagner un temps fou par rapport au fait d'aborder les gens au culot, ce qui peut marcher, mais cela prend plus de temps. L'annonce permet d'être là où on n'est pas, ça va permettre de rencontrer des gens que vous n'auriez pas eu l'occasion de rencontrer dans la vraie vie, car vous n'avez pas été au bon endroit au bon moment. Ça m'a permis de me faire de vrais amis. Après, je privilégie la qualité à la quantité. J'ai fait énormément de rencontres, il y a eu beaucoup de gens où ça n'a été qu'une fois, je ne les reverrai jamais, ils n'étaient pas sincères, ni honnêtes. Ils n'étaient là que pour l'argent, ceux-là ne m'intéressent pas. Il y en a d'autres qui sont sincères. Je suis parti de très bas, de zéro et j'y ai vraiment gagné.

 

Qu'est-ce qui t'a poussé à poser ces annonces ?

 

J'ai commencé à poser ces annonces pour plusieurs raisons. La première, c'est que j'avais invité une escort au Mac Do pour un 14 février, en 2015, ça m'avait coûté cher (150 euros pour un dîner) et je m'étais dit qu'en passant par un système d'annonce on pouvait trouver une fille pour moins cher. Je pensais à un lieu de passage, à la rue, puis j'ai eu la bonne idée du métro.  La deuxième raison pour laquelle je l'ai fait, c'est que je ressentais un manque. J'avais connu la misère affective, ça urgeait, d'avoir une activité sociale, des gens avec qui parler.

 

Pourquoi avais-tu autant besoin d'amis et de réseaux?

 

Il y avait plusieurs raisons, l'une d'elles c'est parce que j'étais scolarisé à la maison, je n'ai jamais mis les pieds dans un établissement scolaire, donc je n'ai pas pu me constituer de réseau à ce moment là. C'est un choix de mes parents, et j'ai loupé un examen qui aurait pu me permettre de rentrer au collège. Je suis allé jusqu'en première en cours à domicile, après j'ai quitté le système scolaire, je n'ai pas mis les pieds à l'université. Voilà, j'en avais vraiment besoin. Avant les annonces, j'abordais au culot, ça pouvait marcher... Quand vous rentrez en contact avec ces filles, l'important c'est de leur donner un moyen de vous recontacter. Plus vous rencontrez de personnes, plus vous avez de possibilités qu'elles vous rappellent. Il faut être patient, et c'est du travail.

 

Les annonces sont donc plus efficaces que le travail de terrain?

 

Les deux fonctionnent bien. L'un plus l'autre, cela crée un succès plus rapide.

 

Homme cherche nana pour partager un Mac Do. Métro
Le plus efficace, poser une annonce sur les vitres d'un wagon de métro.©@ahttlaqdmm (Instagram) via @ratp

 

"Elle m'a séquestré chez elle"

 

Combien de rencontres as-tu faites?

 

J'ai rencontré beaucoup de monde, aujourd'hui j'ai vraiment une dizaine de personnes fiables, sur qui je peux vraiment compter. Si je leur donne rendez-vous, ils vont me répondre rapidement, dans la semaine on peut se voir, donc ça, c'est clairement positif.

 

Ce sont juste des copines ou un peu plus?

 

Ce sont surtout des relations amicales, on parle, on fait des activités. Il y en a beaucoup qui ne sont pas là que pour l'argent, ce n'est pas ce qui les intéresse, certaines même me paient mes consos. C'est un truc de malade, je n'imaginais même pas que c'était possible. Certaines sont horrifiées que l'on puisse proposer de l'argent contre une relation amicale. Les filles sont complètement différentes.

 

Combien de filles as-tu rencontré en tout?

 

Une trentaine, en six-sept mois, je n'ai pas compté. Il y a des filles avec qui j'ai sympathisé, mais on n'a jamais mis les pieds au Mac Do, on est allé ailleurs. Elles ont fait totalement abstraction de l'annonce, la plupart des gens focalisent sur le Mac Do et la date, alors que ce n'est pas le plus important, c'est juste un côté symbolique, pour la Saint-Valentin, ou autres.

 

Quelle est la pire rencontre que tu aies faite ?

 

J'ai rencontré une femme de 37 ans, on s'est rencontrés une fois en mars place de la République, puis elle a été hospitalisée. Je n'ai pas eu de nouvelles pendant très longtemps. On s'est parlés à nouveau au téléphone, elle m'a dit qu'elle avait subi une opération, et on a pu se voir seulement en août dernier. Elle m'a expliqué qu'elle était en état de mort cérébrale, ses médecins lui avaient donné un an, un an et demie à vivre, et elle souhaitait reprendre contact.

 

A la base j'avais posé une annonce pour le 27 mars, le jour de Pâques, et c'était le jour de son anniversaire. Elle m'avait promis de me mettre en contact avec l'entourage de sa soeur, qui est étudiante, donc j'aurais pu rencontrer pas mal de filles. J'étais d'accord pour une relation amicale. Bien évidemment, étant donné l'âge, ça ne pouvait pas aller plus loin (sic).

 

En quoi c'était la pire rencontre?

 

Je ne t'ai pas raconté la suite. On a bu un café, elle m'a raconté ses problèmes, financiers, médicaux, j'étais navré pour elle. Elle n'avait plus les moyens de travailler vu tous ses traitements médicaux. Et là, elle m'a donné les clés de son appart, en me disant que j'étais le bienvenue quand je le voulais, je pouvais venir dormir chez elle. On se revoit le lendemain, on va dîner au Mac Do, je la portais presque, car elle manquait de s'écrouler toutes les deux minutes. Puis, le jour suivant, je vais chez elle pour lui apporter des pâtes, elle n'avait plus rien à manger, car sa carte bancaire était bloquée. Je vais chez elle, on commence à parler, puis... elle m'a séquestré chez elle. Elle a fermé sa porte à double tour, et a appelé les flics en disant que j'avais volé les clés de son appart. Un truc de salaud.

 

Séquestré... elle t'a ligoté?

 

Non, elle m'a juste enfermé. Elle a aussi appelé son frère, qui heureusement n'a pas répondu, pour qu'il vienne me tabasser un bon coup. Son frère est un rappeur connu, il s'appelle ***. C'était une expérience pas très sympa, les flics sont venus et je leur ai raconté la vérité, qu'elle était suivie, qu'elle avait des problèmes médicaux. Il n'y a pas eu de suite, je lui ai redonné ses clés. Ça ne se fait pas, je trouve... Quand on vous aide, on attend un tant soit peu de remerciements.

 

Quelle est la meilleure rencontre que tu aies faite?

 

J'ai abordé une fille au culot, à Madeleine. Elle venait de Tours et était de passage à Paris. Elle m'a répondu de manière agressive, je trouve, je me suis dit qu'on ne resterait jamais en contact. Je lui ai quand même donné un moyen de me recontacter. Ce qui est assez amusant, c'est que la copine qui l'accompagnait a lu l'article de Vice et lui a transmis, et elle m'a recontacté. On s'est écrits pas mal de textos.

 

Comment a t-elle su que c'était toi le mec de l'article ?

 

J'y ai décrit une des techniques que j'utilise quand j'aborde quelqu'un, qui consiste à inventer un prénom pour une fille, comme si on la connaissait. Sa copine a tout de suite compris que c'était moi. Elle est insomniaque comme moi, donc parfois on s'envoie des textos la nuit à pas d'heure. Elle m'a invité à aller la voir, donc je vais très prochainement aller en province. C'est une des plus belles rencontres que j'ai faites.

 

Est-ce que tu observes une différence de public en fonction de l'endroit où tu as laissé l'annonce?

 

Je ne pense pas, car les gens ne font que passer, ils prennent le métro, habitent ailleurs dans Paris.

 

Quel est le style des filles que tu rencontres?

 

Il y a de tout. Il y en a qui travaillent, j'ai aussi (sic) des étudiantes.

 

Qu'est ce qui fait qu'il y en a avec qui cela fonctionne?

 

C'est très simple, j'aime bien que la personne soit à l'heure. Un peu de retard ce n'est pas grave, mais il faut qu'elle envoie un texto. Ce que je ne supporte pas, c'est les gens qui donnent rendez-vous et ne viennent pas, sans prévenir. Quand la fille m'appelle, je lui demande toujours un rendez-vous préalable avant d'aller au Mac Do, et c'est là que je vais voir si la fille est fiable, ça me permet de lui dire clairement ce que je veux. Je lui explique que ce qui m'intéresse, c'est une relation amicale sur le long terme, un repas au Mac Do ne va pas me suffire.

 

Homme cherche nana pour partager Mac Do. Métro drague
"Une fille me voyait tous les jours poser des annonces" ©@nais3412 (Instagram) via @ratp

 

"J'ai dû batailler pour que l'escort accepte d'aller au Mac Do"

 

Tu espères quand même que cette relation amicale débouche sur autre chose que de l'amitié?

 

Le simple fait d'avoir quelqu'un à qui parler comble ce manque affectif, ça comble un vide.

 

Poser cette annonce dans des gares de banlieue comme Châtelet Les Halles, était-ce un moyen de cibler toute l'Île-de-France plutôt que Paris?

 

Châtelet, c'est la correspondance de plusieurs lignes de métros et de RER, donc beaucoup de monde voit l'annonce. J'ai une anecdote d'ailleurs. L'été dernier, une fille alsacienne travaillait pour la RATP, pour aiguiller les gens durant la fermeture du RER A. Cette fille me voyait passer tous les jours et poser mes annonces, et elle avait lu l'article. Elle m'a contacté et m'a invité à les retrouver un jour avec ses collègues. Elle m'a juste dit qu'on se voyait tous les jours, j'étais très intrigué. On s'est organisés un rendez-vous dans le local Ratp pendant leur pause déjeuner.

 

L'annonce t'a créé une notoriété...

 

Oui, parfois des gens viennent me parler dans le métro, ils me reconnaissent.

 

Comment?

 

Il y a plusieurs choses. Entre autres, je fais des hugs dans le métro.

 

Tu n'es pas moche, ni timide. Tu n'aurais pas pu te passer des annonces?

 

On est dans une société assez peu solidaire. La plupart des gens, on ne va pas se mentir, ils sont à chi*r. Les trois quarts sont à chi*r, donc il faut se donner le maximum de chances de rencontrer le quart restant. Mais le physique ne veut pas dire grand-chose.

 

Vraiment?

 

Il y a plusieurs choses, il y a la manière dont tu vas aborder, ce que tu vas dire n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est que ce soit rapide, et qu'il y ait un moyen de se recontacter. Si c'est trop long, ça va la gaver.

 

Tu t'inspires des techniques des pick-up artists?

 

J'ai appris sur le tas, vraiment. J'ai des coachs en séduction qui m'appellent maintenant, et qui proposent de me coacher. Les méthodes peuvent varier, le coach en question s'inspire de Nicolas Dolteau, pour qui il donne des conférences. C'est quelqu'un de sympathique, en qui j'ai plutôt confiance. J'ai ma méthode, et je n'aime pas trop en changer, j'aime bien rester dans ce que je fais, même si ce n'est pas parfait, le plus important c'est d'oser. Après, cela peut être intéressant d'avoir la vision d'autres personnes.

 

Il y a des plaisantins qui t'appellent?

 

Il y a toujours des c*ns. Maintenant c'est direct. Je reçois un texto, j'appelle la personne, si je ne peux pas l'avoir au téléphone, c'est mort. Il faut que je puisse lui parler directement.

 

Il n'y a pas de gens qui appellent pour se moquer?

 

Il y en a qui font ça pour déconner, des canulars, des gens bourrés en soirée. Quand j'ai des appels vers minuit- une heure, je ne réponds pas, je me doute que ça va être n'importe quoi. Le pire que j'ai eu, ce sont des grossièretés. C'est le jeu...

 

Quel est ton métier?

 

Je suis surveillant en collèges - lycées à Paris.

 

Tu n'as jamais rencontré de collègues avec qui tu aurais pu devenir ami?

 

Je ne mélange jamais le travail et le privé. C'est la seule barrière que je m'impose. Au travail, je ne déconne pas.

 

As-tu pensé à utiliser des sites de rencontres?

 

Oui, les sites de rencontres sont vraiment de la m*rde, ils sont tous payants, et je n'ai jamais obtenu une seule rencontre. J'ai quand même passé un peu de temps dessus, c'est compliqué à utiliser, et j'en ai eu marre. J'en ai essayé plusieurs, durant deux bons mois : Adult friend finder, Amoureux.com, Click and flirt... Je n'ai pas essayé Meetic ni Adopte un mec, mais sur des commentaires j'ai vu qu'il y avait beaucoup de fakes, très peu de réponses et au final pas de rendez-vous. Il y a aussi beaucoup de gens qui tentent d'arnaquer en demandant qu'on leur envoie de l'argent.

 

Tu as payé une escort pour manger un Mac Do. On pense généralement à autre chose pour une escort...

 

Les escort girls, c'est assez facile de les trouver sur Internet, et après cela se passe dans une chambre d'hôtel, ou un appartement privé. Ça vous permet d'avoir de l'affectif, du social, tout ce que vous n'avez pas. Je n'ai pas eu de relations durables avec une escort, car ce sont souvent des filles qui viennent de l'étranger, souvent de pays de l'Est, et qui peuvent partir pendant longtemps, qu'on ne revoie pas. Il y en a de très sociales, très sympa, avec qui j'aurais bien aimé continuer.

 

L'escort avec qui tu es allé au Mac Do, tu l'as rencontrée sur Internet...

 

Oui, j'ai dû batailler dur pour qu'elle accepte d'aller au Mac Do. Elle voulait aller dans un resto plus chic. Je lui ai expliqué que son déplacement était déjà assez cher, et elle m'a accompagné au Mac Do.

Homme cherche nana pour partager un Mac Do. Drague métro hamburger
"Dès le week end, je file à Paris, où je fais le plus de rencontres possibles" ©@paris_maville (Instagram)

 

"Habitant la banlieue, je n'avais pas l'occasion de venir à Paris"

 

Tu dois connaître par cœur les menus du Mac Do?

 

J'aime bien le Mac Fish. Il n'y a pas de menu Mac Fish, c'est juste un burger. Je ne connais pas trop les menus, je sais qu'il y a un menu à 4,95 euros avec boisson. Je sais qu'il y a le Frappé à deux euros, le cheeseburger est à deux euros...

 

Tu n'as pas essayé de socialiser en passant par des clubs sportifs, culturels ou autres?

 

Assez peu. En étant isolé, on n'est pas intégré à la société, on part de zéro, c'est difficile.

 

Tu as beaucoup souffert de ne pas avoir été à l'école?

 

Je n'avais aucune idée de ce qu'était le monde extérieur. Je l'ai vraiment découvert avec les annonces. Désormais, je ne supporte plus de rester chez moi. Dès le week-end, je file le plus souvent possible à Paris, c'est là que je vais faire le plus de rencontres possibles.

 

Tu habites chez tes parents?

 

Oui, toujours

 

Tu es beaucoup resté chez toi. Ce n'est pas pour des raisons médicales?

 

Non, pas de raisons médicales. J'habite la banlieue parisienne, je n'avais pas l'occasion de venir à Paris et de rencontrer du monde. J'étais complètement isolé, sans amis, sans réseaux...

 

Tu as une soeur. A-t-elle eu le même genre d'éducation que toi?

 

Elle a connu l'éducation à la maison, mais elle est allée au collège dès la sixième. C'est ce qui explique qu'elle s'en est peut-être beaucoup mieux sortie, et qu'elle a un peu plus de neurones que moi, aussi.

 

Tu en veux à tes parents de ne pas t'avoir scolarisé?

 

Je ne sais pas, aujourd'hui. Depuis que j'ai réalisé ce que c'était que le monde extérieur, je ne sais pas si cela aurait été positif que je le connaisse plus tôt. Je ne sais pas, je m'interroge toujours. Le problème du monde extérieur, c'est qu'il est très complexe, et que comme je disais tout-à-l'heure, les trois quarts des gens sont à chi*r, il faut les envoyer balader. Il faut s'occuper du quart qui reste, qui sont des gens fiables, sur qui on peut compter. Généralement, au collège - lycée, les gens sont en groupe, je n'aime pas trop ça, ça me fait plutôt peur, je m'en méfie. Je sais qu'il y a une mentalité derrière que je n'admets pas, le lynchage. Les groupes aiment se mettre à plusieurs pour taper sur un seul, etc. Donc, je ne sais pas...

 

Qu'est-ce que les annonces ont changé pour toi?

 

Cela a changé beaucoup de choses, je connais beaucoup mieux le monde extérieur, j'ai compris qu'il ne fallait pas rester dans un cadre trop parisien, et qu'il fallait envisager la France entière. Une pote m'a organisé une réunion via un groupe Facebook, "Wanted Bon plan". Au cours de cette réunion, j'ai eu l'occasion de rencontrer une fille, qui m'a parlé du site couchsurfing, pour être hébergé gratuitement sur un canapé. Je connaissais de nom, mais je n'avais pas compris le principe, que c'était gratuit d'aller chez les gens. C'est un très bon site de rencontre, qui fonctionne, c'est le meilleur de tous ceux que j'ai testé. Cela m'a permis de comprendre que j'allais pouvoir m'exporter à travers la France. Ça m'a permis de bouger à Lyon et de décorer le métro lyonnais, j'ai exporté mes annonces là-bas. J'ai eu une Lyonnaise au téléphone il n'y a pas longtemps. J'ai pas mal de contacts de province.

En partie donc grâce au partage, et Internet.

 

Quand l'article sur mes annonces a été publié, je ne savais pas que la fille que j'avais rencontrée était une journaliste. Les gens m'appelaient et je ne savais même pas de quoi ils voulaient parler. C'est en discutant avec une fille au téléphone que j'ai appris que c'était quelqu'un que j'avais rencontrée, et là j'ai compris : Ah oui, la fille qui m'avait parlé des "codes sociaux" au café, c'est sûr, c'est elle. Elle me parlait des "codes sociaux", c'était bizarre. Je me suis dit: "Mais pourquoi elle me parle de ça?"

 

Il y a pourtant des codes que tu ne connais pas forcément?

 

Quand tu es isolé, tu n'as pas d'interactions régulières. Après, tu apprends que la mentalité des gens varie d'un groupe à l'autre, il y a des mentalités complètement différentes, au niveau de l'argent, du temps qu'ils vont vous consacrer. On apprend qu'il n'y a pas de personnes ou de codes sociaux types.

 

Y a t-il une raison particulière pour que tu veuilles publier le texte sur l'euthanasie?

 

Je sais que quand on a connu la souffrance dans sa vie, pendant une longue période, et que l'on s'est demandé si... Comment cela allait finir, et qu'on ne trouve vraiment plus de bonheur dans la vie, je pense qu'on doit avoir la possibilité que l'Etat puisse vous assister plutôt que d'avoir recours au suicide. Ce n'est pas évident de se suicider...

 

Homme cherche nana. Mac Do. Melun.
"Une femme m'a proposé un mariage blanc." A Melun, où il vit ©@djul_djul (Instagram)

 

"Je rencontre des gens marginaux"

 

Tu t'es inspiré de tes souffrances personnelles...

 

Oui, être isolé, c'est le pire. Je ne supporte plus d'être seul aujourd'hui, j'ai vraiment besoin d'avoir des rendez-vous réguliers, de voir des gens régulièrement, je ne supporte plus la solitude.

 

Que faisais-tu pendant ton temps seul? Films, lecture?

 

Oui, la télévision, Internet, pour combler le manque affectif. Je regardais pas mal de films, on a besoin d'aller chercher ailleurs ce que votre vie ne vous procure pas, c'est presque une addiction.  Mais ça ne remplace jamais le réel. C'est ce qu'on vit dans le réel qui apporte plus de plaisir, de bonheur...

 

Y a t-il eu un élément déclencheur qui a fait que tu as voulu rencontrer des gens?

 

Oui. En août 2015, tous mes contacts étaient  occupés, je me suis retrouvé seul, et cela été l'élément déclencheur, je me suis dit qu'il fallait que je me bouge et que j'arrive par mes propres moyens à... Les quelques contacts que j'avais ne m'assuraient plus la possibilité de me donner des rendez-vous, donc j'ai dû trouver d'autres moyens.

 

Chercher autant de relations, on pourrait penser que tu agis par intérêt pour le sexe?

 

Les premières filles que j'ai connues, ce sont des escort, donc forcément tout ça est un peu mélangé quelque part. Mais mon but, au final, c'est de combler un vide, et d'avoir l'affectif que je n'ai pas eu, ce qui passe surtout par une personne présente, qui communique avec moi de manière amicale.

 

Est-ce que tu comptes t'arrêter à un moment?

 

Mon passé m'a appris qu'on ne pouvait faire confiance à personne, donc j'ai toujours le souci de me dire que du jour au lendemain on peut être trahi. La personne peut disparaître, partir... Donc j'aurai toujours le souci de prévoir un plan B.

 

Tu ne veux donc pas forcément t'engager dans une longue relation?

 

Il faut bien connaître la personne, parce que ça ne peut pas se faire sur un coup de tête. Le but, c'est déjà de se constituer le plus possible d'amis et le plus de possibilités, parce que plus vous avez d'amis, plus vous pouvez contacter une autre personne assez vite. Ça permet de combler les trous, et de gérer son emploi du temps. Et avec un emploi du temps bien organisé, c'est vraiment génial. J'ai besoin d'avoir une vie structurée, c'est très important. J'ai besoin d'agir, je ne supporte pas l'inaction. Ce que je préfère, c'est faire quelque chose avec quelqu'un, partager.

 

Aujourd'hui, es-tu avec quelqu'un?

 

J'ai une relation assez proche, j'ai sympathisé avec une Chypriote. Je l'ai abordée au culot. On a un passe-temps favori tous les deux, j'adore déconner avec les gens dans la rue et elle aussi, on est complices. On passe de longs après-midis ensemble, c'est vraiment une pote.

 

Pourrais-tu décrire quelques-unes des filles qui ont répondu à ton annonce?

 

Une Mexicaine m'a contacté en juin 2015, via les annonces, elle est assez typée. C'est vraiment quelqu'un de bien, on peut parler de boulot, de ses journées, de sa vie, de son expérience, de nos activités. On va dans un café, un coup c'est moi qui paie, un coup c'est elle. C'est quelqu'un de sympathique, très à l'écoute.

 

Est-il arrivé que tu n'aies pas grand-chose à dire devant la fille et ton Mac Fish?

 

La première rencontre est toujours compliquée, on ne connaît pas la personne, on ne sait pas comment cela va se passer. On ne sait pas ce qu'elle pense, si elle est intéressée par l'argent... Parfois cela se voit tout de suite, parfois certaines arrivent à mieux le cacher.

 

D'autres profils?

 

La toute première personne qui m'a contacté en octobre 2015, c'était une lesbienne, c'est assez marrant. Elle a vu l'annonce, et elle voulait savoir si c'était sérieux ou pas, je lui ai expliqué ce que je voulais. Elle m'a dit qu'elle était fauchée, qu'elle était d'accord pour une relation amicale. On a eu pas mal de rendez-vous ensemble. Elle était lesbienne, escort, et étudiante en droit. Nous nous sommes vus dès le premier mois où j'ai déposé l'annonce. Je me suis dit que si ça fonctionnait pour elle, cela pouvait fonctionner pour d'autres. Je rencontre souvent des gens assez marginaux, qui n'ont pas le parcours type.

 

D'autres exemples?

 

J'ai eu (sic) une Algérienne, avec qui j'ai sympathisé, et qui m'a proposé il n'y a pas longtemps un mariage blanc. Je l'ai emmenée au cinéma, elle n'y était jamais allé de sa vie. Elle aimerait poursuivre ses études en France, elle a des problèmes pour faire régulariser ses papiers. C'est une personne qui est assez courtoise. J'avais rendez-vous avec elle et avec sa soeur. Son autre soeur avait vu l'annonce à La Défense, nous nous sommes rencontrés à Gare de Lyon. Quand elle est arrivée, elle mâchait son chewing-gum, elle ne disait pas un mot, je me suis dit "Ouh là, sur qui je suis tombé?". On s'est vus un petit quart d'heure avec sa soeur, puis j'ai sollicité un rendez-vous seul, elle a accepté.

 

Tu rencontres beaucoup de gens qui viennent de l'étranger, peu de Parisiens...

 

Oui, une Mexicaine, un Algérienne, une Chypriote... La lesbienne était kabyle-bretonne. Elle m'avait confié qu'elle avait un coup de poing américain dans son sac lors de la première rencontre, elle ne savait pas sur qui elle allait tomber.

 

Toi-même, tu ne ressens pas de méfiance?

 

Non. On pèse le pour et le contre... Je préfère tenter quelque chose que de rester seul. Le premier rendez-vous se déroule toujours dans un lieu public.

 

Quelle place accordes-tu au physique, ou à la personnalité?

 

C'est une question intéressante, car dans le principe de l'annonce, vous n'abordez pas la personne, on ne sait pas du tout quel physique va arriver. J'ai un principe : si la personne se déplace pour me voir, même si son physique ne me plaît pas du tout, je ne vais pas l'envoyer chi*r, car ce n'est pas primordial. Ce qui va compter, c'est la personne, si c'est quelqu'un de fiable, qui vient à l'heure au rendez-vous, sur qui on peut compter, avec qui ont peut avoir un rendez-vous assez rapidement. Après, comme beaucoup de gens, j'ai tendance à accorder de l'intérêt au physique, à considérer que c'est le plus important, et à avoir plus de plaisir à parler à une personne qui va me plaire physiquement. L'annonce permet de rencontrer des gens que vous n'auriez pas forcément abordés.

 

Tu as eu plutôt de bonnes surprises?

 

Il y a un peu de tout. Des personnes plutôt à mon goût, et d'autres qui ne sont pas laides, mais que je n'aurais pas abordées. Mais elles sont venues dans le cadre de l'annonce, cela permet une relation amicale qui n'aurait pas forcément eu lieu.

 

Quel est ton type de fille?

 

J'aime bien les Caucasiennes avec de beaux traits. Blanche ou café au lait. Pour moi, c'est le visage qui compte le plus, j'y accorde beaucoup d'importance. Cela forme une harmonie, la taille, le poids... Parfois c'est le look qui m'amuse. Quand j'aborde quelqu'un, je le fais souvent davantage pour le look que pour le physique.

 

Quand tu vois des escorts, tu les sélectionnes sur le physique...

 

Oui, mais parfois, la photo ne correspond pas. Dans ce cas, au prix où tu payes, tu te barres. Je vois de moins en moins d'escorts, j'en ai de moins en moins besoin, mon vide affectif est comblé.

 

* Le prénom a été modifié

 

Propos recueillis par Victor NICOLAS

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