Migrants de La Chapelle... après l'évacuation

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 Ils ont vécu deux expulsions coup sur coup. Les migrants de La Chapelle ont été délogés du square Saint-Bernard (XVIIIème) vendredi 5 juin, après avoir été poussés hors de leur campement sous le métro trois jours plus tôt. La plupart ont été placés dans des centres d'accueil, tandis que d'autres ont été logés à l'hôtel pour trois nuits, voire dispersés dans la nature. Avant de trouver un autre point de chute dans le XVIIIème. Explications en détails.

 

Paris Mag, qui a été l'un des premiers médias à s'intéresser aux conditions de vie de ces migrants, dès janvier, propose aujourd'hui de suivre leur parcours. C'est le mardi 2 juin au matin que les forces de police évacuent le campement de La Chapelle. Quelque 280 migrants avaient été recensés par les associations Emmaüs et France Terre d'Asile, en provenance d'Érythrée et du Soudant principalement, surtout des hommes, et quelques très rares femmes et enfants, arrivés récemment.

 

Trois jours d'hôtel

 

Les policiers ont relevé les identités sur le trottoir, avant d'embarquer les migrants dans des bus. Deux-cent-soixante personnes ont ainsi été comptées. Quatre-vingt-six migrants présents n'avaient pas été recensés par les associations, et une centaine avaient donc disparu dans la nature. Ils ont été principalement relogés dans un centre d'accueil situé non loin: La Boulangerie, près de la porte de Clignancourt, en aurait recueilli deux-cents, d'après une responsable contactée par Paris Mag. Une arrivée massive dans cet espace conçu pour accueillir 400 personnes, qui se serait plutôt bien passée. Impossible pourtant de savoir combien de temps ils pourront rester.

 

D'autres, difficile d'évaluer leur nombre, ont été relogés dans des hôtels, pour une durée de deux à trois nuits. Les membres d'association évoquent des hôtels à Courcouronnes et Brétigny-sur-Orge (Essonne), où, d'après plusieurs sources, ils ne disposeraient d'aucune ressource. Plusieurs sont ainsi revenus dans le quartier de La Chapelle, pour se nourrir auprès d'associations qui distribuent de la nourriture.

 

Nancy ou église Saint Bernard

 

D'autres migrants enfin auraient été... dispersés dans la nature. Denis Godard, membre du collectif des Sans-Voix, suit plusieurs d'entre eux, il affirme: "Un des bus les a déposés en plein XIXème arrondissement, sans leur donner aucune indication." Ces derniers seraient donc revenus à leur point de départ, le quartier La Chapelle. D'autres  ont même été dirigés vers la province. Alors qu'officiellement toutes les solutions de relogement concernent la région parisienne. Nous avons joint Justin, migrant ghanéen que nous avions rencontré en janvier au campement, et qui nous disait avoir fui son pays en quittant femme et enfant. Contacté l'après-midi de l'évacuation du camp, le 2 juin, il affirme: "Je me trouve Gare de l'Est, en compagnie de cinq autres migrants qui viennent comme moi du campement de La Chapelle. Après l'évacuation, nous avons été conduits au commissariat de Barbès, où des policiers nous ont demandé nos noms. Puis ils nous ont donné des tickets de train, en direction de Nancy." Avant de les laisser à leur sort.

 

Après un peu d'inquiétude, car ils ne savaient pas comment se débrouiller à leur arrivée à Nancy, ils ont été accueillis et placés dans un centre d'accueil. Des membres du personnel l'accompagnent même dans ses demandes de permis de séjour. Enfin, une centaine de migrants, auraient pu être logés dans des espaces de l'association "salle Saint-Bruno", près de l'église Saint-Bernard, toujours dans le XVIIIème. Avant d'en être délogés. Ils se seraient alors rabattus sur les jardins de l'église Saint Bernard. Le curé ne souhaitant pas les accueillir dans l'église. C'est de cet endroit qu'ils ont été à nouveau délogés, vendredi 5 juin, vers 15 heures 30. Ils ont alors tout faits pour rester ensemble, afin de rester visible face aux autorités. Malgré la volonté des forces de l'ordre de les disperser. Les policiers n'ayant pas hésité à les pousser de force dans des rames de métro de La Chapelle, pour les évacuer jusqu'à la prochaine station...

 

Un comportement qui a choqué les quelques militants, habitants du quartier, et politiques présents sur place, élus Verts ou PCF. Ensuite, les policiers on tenté de dissiper le mouvement, qui s'est déplacé un peu au hasard. Rue Marx Dormoy, puis se faufilant rue du Département, hésitant sur la direction à prendre, puis rue Pajol, jusqu'à l'esplanade Nathalie Sarraute. C'est là que certains se sont précipités dans le gymnase, avant d'en être expulsés, sous la surveillance d'un dispositif très important, pas moins de six cars de police et un camion de pompiers. Les migrants ont échoué là, installant une banderole "Logement pour tous". Vers 22 heures, l'association Entraides citoyennes leur distribuait des rations de nourriture. D'une trentaine au départ, ils étaient une centaine en soirée.

 

Base arrière pour Calais

 

 

Quant au campement sous le métro, il a été nettoyé, et il est désormais délimité par des barrières. A la fin de l'été dernier, des clôtures de ce type avaient été installées, puis mises de côté, et les migrants s'étaient à nouveau implantés . Mais cette fois-ci, l'intégralité du site a été entouré, la tâche s'annonce donc difficile. D'autant que la mairie de Paris a fait appel à deux vigiles pour garder l'endroit: "C'est difficile, certains nous disent que nous ne sommes pas solidaires, mais cet endroit était insalubre, plein de rats", affirme l'un d'eux.

 

Ce sont les conditions d'hygiène et sanitaires qui ont justifié l'évacuation, d'après le préfet de Paris, qui avait annoncé la fermeture fin mai, en brandissant un risque d'épidémie. D'éventuelles dysenteries et des cas de gale auraient été rapportés par l'Agence régionale de santé à cette période. D'autres endroits pourraient servir de point de chute aux migrants laissés sans logement. Peut-être chercheront-ils à rester sur l'esplanade Nathalie Sarraute. Ils seraient alors ultra visibles, dans un environnement qui change des dessous du métro, avec deux bars branchés et une auberge de jeunesse en voisinage. Car ce quartier, proche de la gare du Nord, représente pour eux une sorte "de base arrière pour Calais", d'après les termes de Mohamed Majidi, responsable de l'établissement France Terre d'Asile de La Chapelle. En attendant une probable nouvelle évacuation, à défaut de trouver un logement pour tous.

Victor NICOLAS

8 juin 2015

Mise à jour: Plusieurs sources rapportent la nouvelle expulsion le lundi 8 juin des migrants qui s'étaient installés esplanade Nathalie Sarraute. Vers 15 heures, les policiers auraient ainsi embarqué les migrants présents dans des bus aux destinations inconnues. Elus verts, PCF et Front de gauche présents avaient tenté de les en empêcher en faisant une barrière humaine, récoltant quelques coups au passage. Le mardi 9 au matin, plusieurs policiers étaient postés aux croisements des rues adjacentes de l'esplanade.