Migrants: des logements, des oublis et un manège

Les services de la ville nettoient le camp après l'évacuation des migrants de la halle Pajol
Les services de la ville nettoient le camp après l'évacuation des migrants de la halle Pajol

Une dizaine de bus ont été mobilisés dès 7 h30 mercredi 29 juillet, pour évacuer le campement de migrants de la rue Pajol. Responsables d'association (Emmaüs, France Terre d'Asile), de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), élus de la ville, et même (chose inédite sur ce campement), le porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet étaient présents. Les migrants ont reçu un tract écrit en anglais et en arabe, leur garantissant des logements pérennes s'ils acceptaient de monter dans ces bus.

 

Les quelque 241 personnes présentes ont été évacués, rapporte la ville dans un communiqué de presse. L'opération, pilotée par la préfecture, visait avant tout à éviter les erreurs faites précédemment: trop de distance séparant les migrants des lieux où réaliser leurs démarches, ils auraient ainsi reçu des titres de transport, d'après Yannick Imbert, directeur général de l'Office française de l'immigration et de l'intégration (Ofi). En outre, les neuf centres d'accueil à Paris et région parisienne où ils ont été accueillis devraient leur offrir une garantie de logement durant au moins un mois, d'après la mairie de Paris. Finis les hôtels pour une nuit, sans nourriture: repas et douches ont été promis.

 

Le campement de la halle Pajol venait de recevoir les toilettes, en rouge
Le campement de la halle Pajol venait de recevoir les toilettes, en rouge

Migrants oubliés

 

Sur place, l'évacuation a été bouclée en moins de deux heures. Le secteur a ensuite été bloqué par des policiers. Près du jardin Rosa Luxembourg, ils ont ainsi interdit l'accès à une dizaine de migrants soudanais, revenus de leurs démarches pour obtenir une domiciliation postale. Trop tard, les bus étaient déjà partis...

 

C'est ce que critiquaient quelques rares membres du Comité de soutien présents lors de l'opération, s'adressant aux membres des pouvoirs publics : "Nous souhaitons qu'un gymnase soit mis à disposition des migrants qui continueront d'arriver, sans disposer de lieu d'accueil." Ils sont ainsi laissés pour compte, et dispersés... Quant aux migrants hébergés, ils devraient être écoutés, et leur solution sera ensuite étudiée, puis classée, selon qu'ils obtiennent le statut de demandeur d'asile, ou non. Dans ce dernier cas, ils seraient expulsés...

 

Un manège accéléré

 

En attendant, l'esplanade Nathalie Sarraute devrait comme le souhaitait le maire d'arrondissement Eric Lejoindre être "rendue au public". "Un manège sera installé dès cette après-midi", a t-il affirmé à Paris Mag. Un projet prévu depuis longue date, mais qui aurait été accéléré, pour décourager les migrants de s'installer à nouveau.

 

Depuis le 2 juin à Paris, 1.261 migrants ont été hébergés dans le cadre de l'hébergement proposé par l'Etat. Quelque 164 ont été envoyés vers des Centres d'accueil pour les demandeurs d'asile (CADA), 184 auraient quitté le territoire de leur plein gré, enfin, 623 sont toujours hébergés. Parmi ceux-ci, 200 n'ont pas engagé de démarche, et ont "vocation à être expulsés", d'après le préfet d'Ile-de-France Jean-François Carenco, cité par France tv info. "Les personnes qui ne font pas de démarches n'ont pas vocation à rester en France"...

Victor NICOLAS

29 juillet 2015

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