Comment Paris la joue écolo

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Le constat  fait un peu tousser... il a incité le Conseil de Paris à voter le plan anti-pollution début février. Malgré une pollution en baisse ces dernières années dans la capitale, les pics sont de plus en plus intenses. Et leurs effets sur la santé ont enfin été reconnus.

Le résultat est bien là, même s’il est difficile de chiffrer précisément les effets de la pollution. La mairie de Paris évoque sur son site une réduction de six à neuf mois de la vie des Parisiens due aux particules de l’air pollué. Dernière étude de référence en date, celle de l’Institut de veille sanitaire (Invs) s’est basée fin 2012 sur neuf des villes les plus peuplées de France. Elle indique qu’une soixantaine de décès par an et qu’une soixantaine d’hospitalisations pourraient être évités en améliorant la qualité de l’air. L’espérance de vie pourrait ainsi être allongée de plusieurs mois. Ce qui pourrait différer quelque 3.000 décès annuels dans les villes étudiées.

 

40.000 décès par an?

 

Ces effets néfastes, les médecins généralistes les observent directement en consultation. Le docteur Bernard Jomier, qui avait lancé l'appel des médecins de Paris fin 2012, dit remarquer des toux chroniques chez les jeunes enfants. Ce qu’il attribue directement à la pollution. Asthme, allergies en tous genres, symptômes respiratoires et même maladies cardio vasculaires seraient directement dûs à la mauvaise qualité de l’air. Parmi les polluants les plus nocifs, le dioxyde d’azote et les particules fines. Ces dernières, les plus dangereuses, peuvent s’infiltrer directement à l’intérieur des organes, et développer des tumeurs. Benzène et ozone suivent.


Cependant, certains chiffres effrayants dépassent un peu la réalité. C’est le cas pour les plus de 40.000 décès par an pour cause de pollution en France, souvent cités par les Verts. Comme par exemple le responsable des Transports Christophe Najdovski qui s'est exprimé devant le Conseil de Paris en juin dernier lors de la présentation du plan. Or, ce résultat s'appuyant sur une étude américaine, et sur un coefficient entre la hausse de particules et le nombre de morts, il ne serait pas valable pour la France. Ce qui ne réduit pas pour autant la dangerosité des polluants, mais la nuance.

 

Disparition progressive du diesel

 

Dans cette optique de santé publique, le plan anti-pollution semble bien adapté. Les principaux polluants venant du trafic routier (voire infographie), le plan vise à les diminuer. Avec un objectif affiché, améliorer la santé des Parisiens. Car certains polluants dépassent les normes fixées par l’Union européenne, c’est le cas des particules PM10* et du dioxyde d’azote. En conséquence, dès le 1er juillet 2015, la municipalité compte interdire la circulation des bus, poids-lourds et cars les plus polluants. Puis, à partir du 1er juillet 2016, l’interdiction s’appliquera à tous les véhicules les plus polluants, dont les voitures des particuliers antérieures à 1997, qui représentent encore 10% du parc de voitures en circulation à Paris. Ces derniers pourront tout de même continuer à circuler les soirs et week-ends.

 

Enfin, de 2017 à 2020, l’interdiction deviendra totale pour certains véhicules polluants, jusqu’aux voitures diesel immatriculées avant 2011. Une petite révolution qui se met en place. Et pour laquelle la municipalité ne veut surtout pas donner l’impression d’une mesure punitive. Pour cela, elle prévoit des aides, pour les particuliers (Pass Navigo offert pour les conducteurs qui abandonnent leur diesel, vélo électrique remboursé jusqu’à 400 euros…) et les professionnels, avec des remboursements jusqu’à 9.000 euros pour l’achat d’un véhicule vert.


Transport en commun et bus au diesel

 

Une mesure que les associations de conducteurs voient pourtant d’un mauvais oeil. Christiane Bayard, secrétaire générale de la Ligue de défense des conducteurs, pose la question de l’alternative au gazole : « Pour que ce plan puisse fonctionner, il faut des transports en commun plus adaptés. » Car, à terme, les Franciliens qui viennent travailler à Paris devront dire au-revoir à leurs voitures diesel. Et donc peut-être se rabattre sur des transports en commun déjà surchargés. Pourtant sur ce point, aucun plan ne devrait modifier en profondeur le réseau existant. Il y a bien un plan vélo, qui prévoit davantage de pistes cyclables, mais aucun changement fondamental ne devrait en découler. A long terme, les élus parisiens espèrent qu’un changement des consciences accompagnera ce plan anti-pollution. Que les Franciliens réalisent qu’il est possible de circuler sans voiture. Avec davantage d’intermodalité, en empruntant différents modes de transport pour un trajet : RER, vélo, Autolib' ou covoiturage…


Pourtant sur le front des transports en commun, les socialistes parisiens n'ont pas toujours été irréprochables. Début 2013, le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) avait commandé une série de près de 290 bus diesel. Moins polluants que les précédents, mais roulant encore au gazole. Le PS et la droite avaient voté pour cet achat, et les Verts s’étaient abstenus. Aujourd’hui, quelque 98% des bus d’Ile-de-France roulent encore au diesel.


L'écologie pas encore "dans les gènes" d'Hidalgo

 

Pourtant, pour ceux qui la fréquentent, Anne Hidalgo semble de plus en plus "verte". Elle a été élue maire en 2014 avec les voix d’une gauche unie, entre autres grâce aux Verts, donc. Seize écologistes ont été élus, dont quatre sont adjoints à la mairie, à des postes clés comme aux Transports ou à l’Environnement. Entre Hidalgo et les écologistes, le dialogue fonctionnerait plutôt  bien. « Depuis le début de cette mandature, elle écoute beaucoup plus les écologistes que ce que faisait Delanoë », décrypte Anne Souyris, coprésidente du Groupe écologiste de Paris, contactée par Parismag. La maire serait à l’écoute des propositions, y compris sur le climat ou le logement.


Mais ce n’est pas non plus une grande histoire d’amour : « L’écologie n’est pas encore rentrée totalement dans les gènes du PS et d’Anne Hidalgo », précise Anne Souyris. Les Verts auraient aimé aller encore plus loin dans ce plan anti-pollution. Notamment en mettant en place des systèmes de circulation alternée dès la survenue d’un seuil d’alerte de la qualité de l’air. Et non d'attendre au moins deux jours avant une décision de la préfecture.


 Autre divergence, certains Verts parisiens n’ont pas goûté la sortie de Ségolène Royal, sur les feux de cheminée. La ministre de l’Ecologie avait demandé au préfet de supprimer une décision interdisant les feux de bois début 2015. Dérangeant, alors que les feux de cheminée, s’ils ne sont pas si répandus, sont pourtant très polluants (voire infographie). « Ségolène Royal est-elle vraiment écolo ? C’est une bonne question. Sur certains points elle n’aide pas l’écologie. », tranche Anne Souyris. Derrière ces dialogues entre formations politiques, le plan anti-pollution devrait modifier le visage du Paris de demain. Pour davantage de santé publique, mais avec des questions liées au transport qui restent seulement en partie résolues.

 

* Particules dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres

Victor NICOLAS

03 mars 2015

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