MMA, tensions et questions après un premier combat

Francis Ngannou; Christian M'Pumbu; Fernand Lopez; combat; entraînement; MMA Factory; MMA; fight; Cage Encounter 4

© VN

 

Fernand Lopez a plutôt bien réussi son coup. L'entraîneur de MMA (mixed martial arts), propriétaire de la salle/ fabrique de professionnels MMA Factory, dans le sud-est de Paris, a organisé le premier combat officiel en France. C'était à Paris, en septembre dernier. Nous avons voulu savoir ce que cette nouvelle donne allait apporter à une situation déjà complexe. Jusque là, la France adoptait une politique restrictive quant au MMA, discipline pratiquée dans quelque 700 clubs à Paris et en France, mais dont les compétitions passaient pour interdites...

 

Pour les fans, ce premier combat passait donc pour une aubaine. Les quelque 1.600 tickets du Cirque d'Hiver se seraient écoulés en un temps record. La page Facebook de l'évènement avait prévenu : "Attention, places très limitées". Assez logique pour un évènement de plus en plus populaire, prisée notamment par un public français connecté, la page Facebook en français de l'UFC (Ultimate Fighting Championship, plus grosse ligue de MMA) rassemble ainsi plus de 17 millions de fans.

 

Cirque et farine

 

Mais monter cet évènement n'était pas gagné d'avance. Les déclarations des précédents ministres des Sports ayant refroidi les plus vaillants, le MMA étant accusé de reposer sur des valeurs s'opposant à celles du sport. L'actuel Secrétaire d'Etat Thierry Braillard s'inscrit dans cette lignée : "Pour moi c'est une atteinte à la dignité humaine. On n'est plus dans le sport, mais dans les jeux du cirque", avait-il déclaré en janvier à L'Express. Ironie du sort, c'est au Cirque d'Hiver que les combattants se son affrontés lors du premier combat officiel... Avec frappes au sol et dans une cage, ce qui rebute particulièrement le Secrétaire d'Etat.

 

En matière de compétitions, les Français devaient jusque là se contenter de pancrace, sans ces frappes à terre, ni cage. Ou de kenpo, une discipline qui reprend sensiblement les mêmes techniques, alliant les coups, étranglements et techniques de soumission. En parallèle, les compétitions de MMA rassemblent aux Etats-Unis et dans de grandes villes européennes (Berlin, Dublin, Londres...) plusieurs milliers de spectateurs.

 

Pour cette première française, Fernand Lopez a donc tout fait dans les règles. Associé à la ligue ukrainienne WWFC, leur avocate Tatiana Vassine a déposé un dossier en préfecture à la mi-août, et sans opposition dans un délai de dix jours, celui-ci s'est déroulé comme prévu. Il y a bien eu deux descentes de policiers le jour même, quelques heures avant le début des combats. Des responsables de la préfecture, de la Direction départementale de la cohésion sociale de Paris (DDCS), venus s'assurer des conditions de sécurité... Une fois les festivités terminées, cela n'a pas empêché le Secrétaire d'Etat Thierry Braillard de crier au scandale, affirmant avoir été "roulé dans la farine". Il a affirmé qu'une enquête était en cours, et a  menacé d'éventuelles sanctions. Le terrain est sensible. D'autant que les organisateurs comptent bien réitérer, et la porte entrouverte pourrait donner des idées à d'autres...

La préfecture botte en touche

 

Juridiquement, les organisateurs ont mis toutes les chances de leur côté. Le Secrétaire d'Etat pointe du doigt l'absence d'une fédération de MMA. Celle-ci ne serait cependant à ce jour pas nécessaire pour organiser une telle manifestation. La recommandation R99-11 du Conseil de l'Europe? Ce texte datant de 1999 s'appuie sur des règles de la discipline qui ont évolué. Surtout, il n'appartient pas au droit français. L'article L-331-2 du Code sportif? Il évoque des risques pour la santé et l'intégrité physique des participants. Charge aux organisateurs de régler ces questions de sécurité...

 

En réalité, comme nous l'indique Tatiana Vassine, l'avocate de cet évènement: "Je ne vois pas en quoi on peut soutenir que le MMA est illégal". Ce qui ne veut pas dire que les prochains évènement seront autorisées: "Nous ne sommes pas à l'abri de recommandations politiques, de directives passées auprès des préfectures". D'hypothétiques interdictions qui pourraient se régler devant les tribunaux, si ces interdictions ne reposent sur rien de juridique... Car aujourd'hui, seule une autorisation de la préfecture semble nécessaire pour organiser ce type de combats.

 

Or, la préfecture de Paris, contactée par Paris Mag, préfère botter en touche: "Je vous propose de contacter directement le cabinet du secrétaire d'Etat chargé des Sports", indique un haut responsable. Du côté de ce Secrétariat, on refuse nos demandes d'interview, tout en promettant: "Cela va bouger très bientôt sur le MMA, il y a y avoir des annonces...", sans en dévoiler davantage. Il pourrait s'agir du projet de plancher sur une proposition renouvelant le Code du Sport, avec les responsables des fédérations des sports de combats. Toute manifestation autorisant le K.O pourrait ainsi nécessiter l'aval d'une fédération reconnaissant cette discipline. Aucune fédération de MMA n'étant aujourd'hui autorisée, cela compliquerait l'organisation de combats. Difficile de savoir pourtant si ce projet débouchera sur quelque chose de concret.

 

L'UFC s'intéresse à Paris

 

Mais en l'absence de barrières juridiques, l'organisation d'évènements de MMA pourrait bien se répandre à l'avenir. Fernand Lopez a déjà prévu un successeur au Cage Encounter 4 de Paris: "Cela se passera au premier trimestre 2016, la date est déjà fixée". L'annonce devrait avoir lieu prochainement. Quant à la volonté de l'UFC d'organiser un show à Paris... il reconnaît maîtriser le sujet : "Mais je ne peux rien vous dire pour le moment", dit-il, un large sourire aux lèvres. Le coach entraîne les trois seuls Français actuellement en contrat avec la célèbre ligue américaine. Nul doute qu'il devrait être bien placé pour fournir des combattants, ou prendre les choses en main, si le feu passe au vert.

 

Du côté de l'UFC, le service de communication tempère: "Nous adorerions organiser un évènement en France, même si aucune date n'est prévue pour 2016", nous indique Emma Pickles. Le précédent responsable de l'UFC Europe, David Allen, avait pourtant affirmé qu'organiser un combat en 2016 en France était un de ses objectifs. Une décision qui devrait faire plaisir aux fans de ce sport, mais aussi aux athlètes, qui galèrent parfois pour joindre les deux bouts. L'organisation serait en attente de davantage de compréhension de la part des pouvoirs publics. En attendant, d'éventuels combats de MMA pourraient bien être suivis de combats devant les tribunaux cette fois-ci.

Victor NICOLAS

18 novembre 2015

A lire aussi:

Ils distribuent des gnons, s'étranglent pour le plaisir et pour le sport... Nous avons rencontré les pros du MMA (mixed martial arts) à la suite du premier combat officiel en France, à Paris. Comment s'entraînent-ils? Comment ils vivent de leur sport, encore mal considéré...


Lire le reportage

Paris... c'est le seul personnage de Houellebecq qui reste (omni)présent dans tous ses romans. Nous avons décrypté les textes de cet auteur qui a encore marqué la précédente rentrée littéraire, pour mieux cerner sa vision de la ville. Poésie des beaux quartiers ou zones glauques, sexe, solitude, ou amour de la Rive gauche... Lire la suite